© Hepatotansplant Bruxelles-Brussel et UCL Saint-Luc, UTRAGENDO, 2012

 Vestibulum | Sed vulputate

Qui sauve une seule vie, sauve le monde entier

Extrait du Talmud

Position du Judaïsme sur le don et la transplantation

La vision de la religion juive sur le don dʼorganes : celui-ci fait violence à lʼintégrité du corps.


La communauté juive est très hétérogène. Cʼest ainsi que lʼon trouve, à côté des Juifs athées, des Juifs réformés, des Juifs orthodoxes modernes et des Juifs orthodoxes qui renferment des groupements assez variés. En Belgique, il y a, par exemple, un important groupe de Juifs Habad. Il y a aussi des Juifs hassidiques (les hommes peuvent être reconnus à leurs cheveux en papillotes (anglaises) qui forment une communauté extrêmement sévère, fermement renfermée et isolée. Les Juifs Habad sont également peu, voire pas intégrés dans notre société «moderne».


En principe, la religion juive marque son accord au don dʼorganes. La religion juive orthodoxe moderne encourage ses fidèles à devenir donneurs. En témoinge le rabbin François Garaï.. (Cliquez ici pour voir son témoignage dans la rubrique « Médias »                   

Le prélèvement dʼorganes sur une personne décédée doit toujours sʼaccompagner de lʼautorisation explicite du donneur.

La volonté du don dʼorganes est nettement inférieure dans les autres communautés croyantes juives (les Juifs orthodoxes traditionnels et les Juifs hassidiques).

On comprend ainsi quʼexiste chez eux également (exactement comme chez les Musulmans et les Hindous) une disparité entre le nombre limité de donneurs et le nombre de personnes en liste dʼattente dʼun organe. Il faut remarquer que le don dʼorganes entre vivants sera autorisé par les rabbins pour peu que le donneur ne coure pas de risque pour sa vie. Mais en ce qui concerne le don dʼorganes post-mortem, le judaïsme orthodoxe a davantage de problèmes.Un important problème halakhique (lié à la loi juive) est la détermination du moment de la mort. (Quand quand la mort survient-elle ?). La discussion en a été fort répandue dans les milieux juifs au cours des quatre ou cinq décennies passées. Pourtant, les critères de la mort restent difficiles pour les Juifs. Selon la loi juive, la mort nʼarrive pas à tel ou tel moment précis: il sʼagit dʼun processus progressif. Cela pourrait signifier que la vie serait encore présente, bien que le cerveau soit apparemment mort. La mort cérébrale nʼest donc pas suffisante pour la loi juive. La mort peut être déterminée en vérifiant si la respiration s'est définitivement arrêtée et si le tronc cérébral, au centre de nombreuses fonctions indispensables dans la vie, est mort de manière irrévocable. Il est important d'exclure toutes les circonstances dans lesquelles la récupération serait encore possible : les anomalies hormonales qui provoquent un coma, la température corporelle basse (en dessous de 35 degrés Celsius), les troubles métaboliques et les médicaments qui affectent la respiration (comme des sédatifs ou des relaxants musculaires).Néanmoins, il nʼy a aucun consensus sur un critère effectif de mort. Tant que ce ne sera pas le cas, les transplantations resteront sujettes à controverses.


Le refus du don dʼorganes vient parfois aussi de la manière par laquelle les personnes veulent être enterrées. Les défunts dans la communauté juive sont ainsi enterrés dans les 24 heures, ils sont lavés sur une pierre spéciale et ainsi de suite. Cela peut poser des problèmes par rapport au don.


Nous vous présentons ici un texte de M. le Rabbin R. Evers (30/11/1999)


Dans ma pratique rabbinique, certaines croyances fort émotionnelles existent quand il est question du don dʼorganes. Les personnes veulent pouvoir confier leur corps intact à la terre selon le rite juif.


Les transplantations dʼorganes constituent pour les rabbins des problèmes philosophiques et juridiques. Parmi les différents mouvements chrétiens, certains considèrent le corps mort comme un méprisable et inutile «sac de viande et dʼos». Cʼest le strict opposé de la vision juive dans laquelle le corps est vu comme une partie essentielle de lʼhumanité.


Lʼessence de la doctrine juive est fondée sur la consécration des choses matérielles et du charnel. Traditionnellement, le corps possède une sainteté intrinsèque, qui subsiste également après la séparation du corps et de lʼesprit. Le caractère sacré du corps ne tient donc pas seulement à son lien à lʼâme.

Cette conception du corps est en lien avec le «Tzelem Elohim», croyance que lʼhomme a été créé à lʼimage de Dieu. Le Judaïsme envisage lʼâme et le corps comme des entités parallèles : toutes les composantes de lʼâme ont une contrepartie matérielle dans le corps.

Le corps est une manifestation physique et une conséquence de hautes données célestes; cette correspondance au Très-Haut est une donnée de base de la loi juive.


De ce qui précède, lʼon peut conclure que le Judaïsme, malgré la valeur généralement reconnue au sauvetage de la vie, est en principe négatif à lʼégard du don dʼorganes qui fait violence à lʼintégrité de lʼenveloppe matérielle (le corps). En principe, le prélèvement des organes sur la dépouille mortelle est considéré comme une atteinte à la personne décédée.

Rabbi Jechezkeel Landau (XVIIIème siècle) estime que chaque partie dʼun mort doit être enterrée.

Selon notre tradition, lʼâme souffre de devoir contempler comment la composante terrestre de la personne est traitée après le décès. Ce dernier argument est de nature plus kabbalistique, mystique mais est confirmé par les recherches modernes du psychiatre Dr E. Kubler-Ross lorsquʼil demandait leur expérience à des personnes revenues dʼune mort apparente.

Beaucoup partagèrent que lʼâme «détachée» savait ce quʼil en était du corps après la mort apparente.

Dans tous les cas de don dʼorganes, lʼon doit donc prendre en considération dʼune part la nécessité de sauver des vies selon la loi juive et dʼautre part les limitations lourdes qui interdisent la violation du défunt.

Dʼautres objections sʼattachent encore aux pratiques actuelles de prélèvement dʼorganes.

Le critère de définition de la mort est le plus gros problème pour la loi juive. Si le défunt nʼétait pas encore totalement mort, alors le prélèvement dʼorganes devrait être assimilé à un meurtre sur le donneur. Par ailleurs, les organes doivent être encore en bon état pour entre en ligne de compte pour la transplantation. Est-il possible de définir un moment où la personne est comme tel déjà décédée mais où les organes sont encore vivants et viables?


Le Judaïsme part du principe quʼil nʼexiste pas de critère exclusif de mort. La mort cérébrale seule ne suffit pas. Selon la Halacha (loi juive), on doit faire attention à davantage de symptômes simultanément : lʼarrêt de toute activité cérébrale, lʼabsence de tout réflexe, lʼabsence de mouvements spontanés, lʼarrêt de la respiration, des battements de coeur, de la circulation sanguine et la chute de la tension.


Néanmoins il existe des circonstances dans lesquelles le don dʼorganes peut être permis en raison de la grande nécessité de sauver des vies. Cette décision relève de nombreux facteurs halakhiques et médicaux et ne peut être pris que sur base individuelle en concertation avec une autorité rabbinique reconnue et un médecin expert.


Les directives générales manquent cependant dans les circonstances actuelles. Beaucoup dépend aussi de lʼétat de la technique médicale. Ma proposition aux croyants est : faites inscrire dans le formulaire dʼenregistrement quʼun religieux doit co-décider lorsquʼest venu le moment du don. Ainsi seulement peut-on dès maintenant tenir compte des développements ultérieurs.


Lʼauteur est le rabbin de la Communauté Israëlite des Pays-Bas et recteur du Séminaire Israëlite des Pays-Bas.

LUDO GIELEN

Catholicisme et transplantation