© Hepatotansplant Bruxelles-Brussel et UCL Saint-Luc, UTRAGENDO, 2012

 Vestibulum | Sed vulputate

Notre site reprend ci-dessous un  article de Philippe Cordier qui n’a pas pris une ride. Il reste intéressant pour tous les greffés qui souhaitent pratiquer du sport.

Et le sport ?

Activité physique et greffe d'organe

Par Philippe CORDIER

Conférence donnée lors de la fête 2006 d’Hépatotransplant  et publiée dans la revue Hepatotransplant n° 17, septembre, octobre, novembre 2006



La première transplantation mondiale d’organe réussie est une transplantation rénale effectuée par Murray à Boston en 1955.


En Belgique, la transplantation s’est développée avec toujours plus de succès au cours des 40 dernières années.


Si la survie du patient et du greffon était l’objectif prioritaire des pionniers de la transplantation, progressivement, grâce, entre autres, à la découverte de nouveaux agents immunosuppresseurs telle la Ciclosporine en 1980, la transplantation et la vie post-greffe ont fait des progrès remarquables.


Une activité physique régulière améliore probablement encore cette qualité de vie physique, mais aussi psychologique, en permettant d’atténuer les complications liées au traitement immunosuppresseur.


Il est important de distinguer deux termes : l’activité physique et l’exercice physique


«l’activité physique»: il s'agit de toute forme de mouvements corporels produits pas la contraction des muscles squelettiques et résultant en une augmentation de la dépense énergétique au-dessus du métabolisme de repos.


«l’exercice physique» se définit comme étant une forme d’activité physique, sportive ou de loisir, structurée et pratiquée de façon répétitive sur une période de temps donné dans le but précis d’améliorer sa performance ou une composante de sa condition physique.

Cela veut dire qu’une activité quelle qu’elle soit (le simple fait de bouger) qui entraîne une dépense d’énergie qu’elle soit de loisir,  professionnelle ou autre, a les mêmes effets, les mêmes bénéfices qu’un exercice physique pratiqué de manière régulière. Le mot «sport» ne doit pas faire peur.


Bienfaits de l’activité physique régulière



Les principales études menées en ce qui concerne la qualité de vie après et avant la transplantation ont été celles de P. MOENS - KUL en 1999. Il est évident que la qualité de vie après une transplantation réussie apporte une qualité de vie inégalée par rapport à ce qu’il s’est passé avant. Néanmoins, l’auteur rapporte des plaintes physiques comme faiblesse musculaire, fatigue, maux de dos, crampes musculaires… Ceci est sans doute en liaison avec le traitement immunosuppresseur.

Évaluation de l’apport de l’activité physique après transplantation


En ce qui concerne l’évaluation de l’apport de l’activité physique après transplantation chez des patients transplantés sportifs et non sportifs, il existe très peu d’étude.


En 1999, DECRUYENAER Céline et Cordier P. (U.C.L.) montrent que l’activité physique a une influence positive sur la masse squelettique surtout au niveau de la colonne lombaire qui est le siège le plus fréquent des fractures par tassements.


Pendant la même année, à l’UCL également, VERSIEUX Laurent et Cordier P. montrent que physiologiquement le métabolisme aérobie de la cellule musculaire n’est pas affecté par l’immunosuppression contrairement à ce qui est souvent évoqué.


La plus belle étude qui consiste à comparer la qualité de vie des personnes transplantées sportifs et non sportifs est celle de PENNING Jessica et Cordier P. en 2000 (UCL. 2000). Elle reprend les auto-questionnaires de MOENS (cité plus haut), compare 11 patients transplantés sportifs avec 11 patients transplantés non sportifs. La similitude des groupes est démontrée, seule l’activité physique différencie les deux groupes.

La conclusion du travail est que les sportifs ressentent moins la fatigue, ont moins de problèmes de sommeil, sont plus dynamiques; ils n’ont aucun problème pour accomplir les activités courantes, ils ont moins de faiblesse musculaire. En ce qui concerne les plaintes par rapport aux médicaments, les sportifs se plaignent moins de symptômes et s’ils en ont, ils les ressentent moins.


La vitalité est un aspect très important, les greffés sportifs se sentent plus dynamiques, débordants d’énergie. Ils veulent profiter au maximum de cette nouvelle vie qui leur est offerte.

L’activité physique joue un rôle capital pour toute réadaptation après transplantation.


Quand commencer ou recommencer ?


Chaque cas est individuel. Il faut 3 à 6 mois d’attente avant de reprendre l’activité physique. Ceci est dû à la cicatrice, à la douleur, à la récupération de la condition physique générale et bien sûr, il faut le «vert» du médecin.


Que faire?

Tout ce qui fait bouger est bon. Les activités de loisirs, le bricolage, mais surtout, et aussi, de bonnes habitudes dans la vie de tous les jours (surtout que tout est fait dans nos sociétés pour bouger le moins possible.) Par exemple, utiliser les escaliers, marcher +++, …

En ce qui concerne les activités, il faut sans doute privilégier les activités d’endurance qui consistent à effectuer un effort de faible intensité de manière prolongée. D’autres activités sont les activités de résistance qui consistent à effectuer de manière fractionnée des activités de haute intensité avec des périodes d’activités de faible intensité sans oublier les activités d’assouplissement et de force musculaire.


On distingue généralement 3 niveaux d'activité: le niveau faible, le niveau modéré et le niveau intense.

L’intensité dans la reprise sera progressive au début, légère et modérée, modérée à un peu plus intense après quelques semaines. Idéalement, la pratique sera de 3 x/semaine avec un jour de repos entre chaque séance d’activité physique. Un muscle atrophié et non stimulé depuis des mois voire des années met du temps à se réactiver. La reprise trop précoce d’une activité sportive intense expose d’ailleurs au risque de micro-fracture notamment au niveau des genoux et des chevilles. (Goffin E-U.C.L.1993) L’activité physique doit donc redémarrer à un niveau bien inférieur à celui d’une population sédentaire.

Avec un peu de patience, elle va vous permettre d’améliorer progressivement votre capacité physique.


Quel sport pratiquer?


  1. Les sports de combat (boxe, judo, karaté, aïkido) sont fortement déconseillés.
  1. Les sports avec possibilité de contacts violents sont également déconseillés (cyclo-cross, motocross, hockey, basket-ball, football, handball, rugby, les concours de sauts en équitation, water-polo,.)
  1. Les sports avec entraînant de fortes contraintes sur les articulations (power training, haltérophilie) nous paraissent à éviter surtout s’ils sont pratiqués intensivement ou en compétition.
  1. Les sports à haut risque sont laissés au jugement de chacun (alpinisme, plongée sous-marine, ski nautique, spéléologie, parachutisme)


En revanche, nous conseillons la pratique sans restriction des sports suivants: cyclisme, cyclotourisme, VTT, natation, marche à pied, tennis, tennis de table, badminton, squash, tir, cross d’orientation, ski, golf et mini golf, patinage, kayak, canoë, voile, aviron, balle pelote, netball, gymnastique (sans sa forme de compétition), jogging, volley-ball, athlétisme, …


En conclusion:  


Au hit-parade des sports à pratiquer, nous conseillons:  

  1. la marche à pied
  1.  la bicyclette
  1.  la natation (en eau saine)
  1.  le jogging


Par pratique régulière, rappelons que nous entendons un rythme d’au moins 2 x par semaine (idéalement 3), ce qui paraît le minimum nécessaire pour un retirer un bénéficie.


Vous trouverez ci-contre une grille de progression pour «à courir», une grille qui est proposée par l’ADEPS dans ses carnets de route des marches qu’elle organise régulièrement en Belgique. Cette grille peut également être suivie par les marcheurs, il suffit de convertir la minute «à pied» par marche un peu plus rapide, ce qui permettra d’augmenter son niveau de condition physique.


Pour tous conseils n’hésitez pas à contacter l’ensemble du comité de l’association sportive belge des transplantés et dialysés (www.asbtd.be) ou moi-même Philippe CORDIER, kinésithérapeute au 02.764.60.42  ou par Email à l’adresse: cordier@read.ucl.ac.be  


Bonne chance, bon courage et en avant !

 



Philippe Cordier

Service de médecine physique

Cliniques Universitaires Saint-Luc

Av. Hippocrate, 10

1200 Bruxelles

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